parfum d'escale : 1 - 2

Un long canal tranquille ?

Sur 665 kilomètres, de Tamatave à Farafangana, s'étire un incroyable canal constitué d'une enfilade de rivières naturelles et de lacs artificiels. Descente du canal des Pangalanes et ambiances...

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Teuf… Teuf… Teuf…". Voilà bien 2 heures que le moteur de la péniche pétarade. Pas de quoi néanmoins émouvoir le "chauffeur" à la casquette rose défraîchie vissé sur le crâne. Imperturbable sur son siège de fortune - une housse de siège toute rembourrée - le pilote à la casquette rose décolorée regarde droit devant, la main droite sur l'accélérateur. Le paysage défile tranquillement tout l'après-midi sous les yeux contemplateurs des deux " pirates " blancs embarqués, chacun un bandana dans les cheveux pour se protéger du soleil. A l'avant de la péniche, la douzaine de passagers est moins ébahie. L'habitude ? Plutôt le soleil qui les frappe et oblige tout ce beau monde, assis à même la coque ou sur des sièges de fortune, à se protéger et chercher l'ombre de la coque. A l'arrière sous une bâche un couple de vieux, une jeune maman et son fils sont plus tranquilles. Au paysage désertique des débuts a rapidement succédé une végétation luxuriante et verte. Presque personne sur le canal. Seulement quelques pirogues de temps en temps. Quelques hameaux. De toute façon, les passagers somnolent. 15h30, un pont métallique à la Gustave Eiffel. Juste après sur bâbord, des canards et un chemin. Terminus ? La péniche acoste sur une plage. Presque tous les passagers descendent. On suit la troupe. Le village est typique.

Au fur et à mesure de notre arrivée, on nous dévisage. La "gargotte" (comme on appelle ici les "restaurants") est une des huttes plantées à l'entrée du village. Littéralement mort de faim, on se jette sur le riz aux légumes. Après, nous dégustons un café au goût amer avec plein de sucre. La halte est rapide. Il faut déjà repartir. Le moteur de la péniche en décidera autrement. Impossible de le faire redémarrer. Le pilote avec 3 ou 4 passagers s'acharnent dessus. Des notes de musique traditionnelle s'échappent de dessous le pont métallique. Un groupe de musique, principalement composé de jeunes femmes et de jeunes garçons jouent cachés par un bosquet. J'ai envie irrésistiblement de m'approcher mais le moteur devrait redémarrer d'un instant à l'autre. Cruel dilemme ! Tous les passagers attendent le départ impatiemment. Dois-je me laisser guider par mes instincts au risque d'être grossier et mal poli. Je tergiverse. Je n'ai pas envie de mettre à dos l'équipage. A l'arrière, Arnaud assiste amusé au spectacle. "Demande leur qu'au démarrage on fasse un crochet pour passer le plus près du pont !". Malgré mes geste énergiques, Arnaud ne comprend pas ou feint de ne pas comprendre. Plus j'attends, plus l'angle de la photo devient impossible. Et le groupe de musique est caché par le bosquet, la faute au courant qui nous ramène sur les berges. Tiens les canards qui barbotent juste à côté. "Merde, plus de pellicule !". Et le moteur qui toussote. In extremis, je change de pellicule pendant notre démarrage. Visiblement personne ne comprend rien à mes gestes. Les notes de musique s'éloignent. Le pont métallique également. J'enrage. Ni photos, ni enregistrement sonore. Personne ne connaîtra la chanson !

Stéphane Dugast

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